IFB 2016 : Jan O Jorgensen, contre vents et marées

Publiée par Ivan Cappelli le vendredi 21 octobre 2016 à 13:05
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Crédit photo : Badmania.fr

Loin des profils parfois stéréotypés des badistes professionnels, lui ne laisse personne indifférent. À bientôt 30 ans, Jan O Jorgensen débute ce qui devrait être sa dernière olympiade jusqu'à Tokyo 2020. Attendu comme le successeur de Peter Gade - une comparaison qui lui aura collé à la peau pendant une grande partie de sa carrière -, le fantasque natif d'Aalborg a déçu, parfois. Surpris, souvent. Mais malgré les aléas du destin, le guerrier scandinave a toujours su se relever pour participer à sa mesure au maintien du Danemark au sommet de la planète badminton.

Un début de carrière à l'image du joueur

Comme tout danois qui se respecte, Jorgensen a débuté le badminton très jeune, à l'âge de 4 ans. Mais comme beaucoup de ses compatriotes, le jeune scandinave doit trancher entre le monde du volant et une autre discipline. Peter Gade avait le Football, Jan O Jorgensen doit lui sacrifier le ... Cricket, un sport très confidentiel au Danemark, mais dans lequel il avait intégré les équipes nationales espoirs.

Il remporte son premier tournoi chez les seniors à 18 ans à l'occasion du Yonex Czech International 2006. Jan affiche un niveau de jeu rare pour son jeune âge, mais peine déjà à convertir ce talent en titres. Là où ses futurs vassaux Marc Zwiebler et Rajiv Ouseph signent leurs potentiels d'un titre aux championnats d'Europe, lui ne montera jamais sur le podium continental chez les espoirs. Le symbole, déjà, d'une réussite qui tendra à de nombreuses reprises à le fuir.

Le danois remporte toutefois son deuxième titre chez les seniors l'année suivante en Hongrie en battant le fantasque finlandais Ville Lang sur un score surprenant (21-5,21-6). Le talent est là, et la fédération danoise ne s'y trompe pas : malgré une éclosion plus tardive, la relève s'incarne dans son jeu athlétique et puissant. En 2008, le natif d'Aalborg crée la surprise en ramenant une médaille de bronze des Championnats d'Europe à domicile. Non tête de série, il subit la loi de son aîné Kenneth Jonassen en demi-finale, vainqueur du titre continental pour sa dernière année sur le circuit. L'heure de l'envol pour son jeune aîné, qui toque rapidement à la porte du top 20 mondial.

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2009-2012 : Entre ascension et doutes

En 2009, le Danois confirme sa phase ascendante en brillant au plus haut niveau mondial. Il accède à sa première finale Super Series en Chine en enchaînant à la surprise générale des victoires sur Lee Chong Wei et Chen Jin. Une incroyable performance pour le Danois, et une leçon pour le Malaisien. Depuis ce raté, le tigre de Penang ne s'est plus jamais incliné face à son rival scandinave. Il conclura son tournoi par une défaite en finale face au maître des lieux : Lin Dan, impérial sur tout le tournoi. Un parcours remarquable que le Danois peine à confirmer : malgré un talent indéniable et des qualités physiques hors du commun, Jan O Jorgensen peine encore à imposer son empreinte sur le badminton mondial, parasité par des failles mentales qu'il mettra des années à combler.

L'année suivante, en 2010, l'Europe rêve d'un nouveau meneur derrière un vieillissant Peter Gade. Mais la réalité de la finale de Manchester rattrape tous les observateurs : en s'imposant avec autorité en deux sets, le roi Peter n'est pas encore prêt à abdiquer. Tête de série 11 aux mondiaux parisiens, il quitte le tournoi dès le second tour, rattrapé par les démons du passé face à Rajiv Ouseph.

Mais les Jeux Asiatiques 2010 lui ouvrent le passage vers la confirmation : en Octobre, Jan O Jorgensen remporte son premier titre dans un Super Series sur ses terres, au Danemark. Il parvient à faire oublier le forfait de Peter Gade après une finale maîtrisée face à un Taufik Hidayat déjà moribond. Jorgensen (dont la célébration rappelle celle de Lin Dan à Londres en 2012) est aux anges, sous les applaudissements d'un public survolté : le nouveau lieutenant scandinave confirme enfin sa capacité à régner un jour sur le simple hommes national.

Malheureusement, pendant les deux années qui suivirent, le scandinave se fait beaucoup plus discret sur les podiums. Malgré une victoire au Grand Prix FZ International sur ses terres face à Hans-Kristian Vittinghus, cette période n'aura pas permis au champion de beaucoup agrandir son palmarès. Le Danois est souvent stoppé dans les tournois majeurs par le trio chinois du moment : Chen Long, Chen Jin et Lin Dan. Il échoue face à Zwiebler à la surprise générale aux championnats d'Europe. Aux Jeux Olympiques de Londres, le scandinave est éliminé en huitième de finale par le coréen Lee Hyun II après un premier tour convaincant.

Une période difficile pour le scandinave, qui ne parvient pas à passer le cap susceptible de le mener vers le sommet. Mais comme un symbole, c'est lui qui envoie Peter Gade à la retraite au terme d'un match chargé en émotions lors des IFB 2012. La fin d'une ère, et un poids en moins à assumer pour le Danois. Jorgensen a alors 25 ans, et change de dimension.

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2013-2014 : Retour en force et concrétisation

La première partie de l'année 2013 est pleine de frustration pour Jorgensen. Son jeu se structure, et le Danois reprend sa marche en avant vers le top 10 mondial. Mais toutes ces bonnes intentions ne se concrétisent pas par des trophées. Il « échoue » à six reprises en demi-finales en Super Series. En Août, lors des championnats du monde à Guangzhou, en Chine, Jorgensen réalise l'une des performances les plus mémorables de sa carrière face à Nguyen Tien Minh au terme d'un match marquant. Ce jour-là, le scandinave montre son mental d'acier notamment en sauvant un volant de match après un échange de 108 coups, rentré dans la légende et popularisé par les réseaux sociaux. Mais une fois encore, la porte de la médaille mondiale se ferme devant lui.

Un coup d'arrêt en plus ? Peut-être, mais la suite de l'année concrétise enfin sa montée en puissance. Après une défaite face à Lee Chong Wei en 1/8èmes de finale du Danemark Open, Jorgensen arrive à Paris plus motivé que jamais. Il réalise le tournoi parfait et évince le Japonais Kenichi Tago au cours d'une finale maîtrisée. Jorgensen vient de remporter son deuxième titre en Super Series sous les applaudissements nourris d'un public toujours enclin à supporter l'Europe qui gagne.

Jorgensen débute l'année suivante plus solidement que jamais, avec de bons résultats dans les différents tournois internationaux qu'il dispute. Les atermoiements du passé sont derrière lui : sans excès de stress, il remporte enfin son premier titre de champion d'Europe. Les mois qui suivent, le danois enchaîne les bonnes performances. Une victoire face à Lin Dan en quart de finale au Japan Open et une victoire sur Chen Long à l'Indonesia Open en sont de bons exemples. Des résultats qui le mènent au titre à Jakarta (son plus beau titre à ce jour), et surtout à la place de numéro 3 mondial.

De bon augure avant les mondiaux chez lui au Danemark. Porté par le soutien de son public, le Danois passe les deux premiers tours sans encombre. Mais le destin le fauche à nouveau. Dès les premiers points de son huitième de finale face à Chou Tien Chen, Jorgensen ressent un craquement dans le genou. Refusant d'abandonner pendant un set et demi, l'outsider numéro 1 de la compétition quitte le court en larmes après de longues minutes de déni, poursuivant le match au-delà du raisonnable. Probablement le plus gros coup dur de sa carrière. Il mettra plusieurs mois à retrouver la forme et son niveau de jeu, après plusieurs éliminations prématurées en Super Series.

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2015 : la meilleure saison de sa carrière

Remis de ses émotions, l'année démarre sur des chapeaux de roue pour Jorgensen. Blindé mentalement, Il s'adjuge début mars une victoire autoritaire au German Open, assumant son statut de tête de série numéro un. Il enchaîne ensuite la semaine suivante, avec une bonne performance au All England. Dans le tournoi qui avait révélé son illustre ainé Gade, il s'incline à un petit set de la victoire finale face à Chen Long, et se contente de l'argent. Mais après une saison et demie de stabilité, une nouvelle menace arrive : Viktor Axelsen. Plus jeune, plus en réussite (médaillé de bronze à Copenhague 2014), le jeune crack danois brûle les étapes. Il s'incline face à lui en demi-finale en Australie, cédant également en Indonésie face à un autre jeune wonderkid : Kento Momota. À 28 ans, la nouvelle génération malmène le viking scandinave.

Mais l'avantage de l'expérience paie sur les grandes échéances. De retour dans l'ambiance bruyante de l'Istora Senayan de Jakarta, il se réconcilie enfin avec les mondiaux. Il s'assure sa première médaille mondiale en éclipsant Lin Dan en quart de finale. Un soulagement, mais Jorgensen ne pourra cependant rien faire pour barrer la route de Lee Chong Wei vers la finale. Même sans grand titre majeur, la saison 2015 reste comme la plus aboutie du natif d'Aalborg.



2016 : L'ombre d'Axelsen

Mais la route vers la stabilité est un chemin sans fin. Jorgensen entame l'année 2016 avec des résultats décousus : il valse entre les éliminations aux premiers et derniers tours. Néanmoins, il arrive avec le statut de favori à Mouilleron-le-Captif. Il n'offre aucun faille jusqu'à la finale où il s'incline en deux sets dans une finale 100% danoise face à un Viktor Axelsen à son meilleur niveau. Le début de la transmission du costume de leader danois ?

Un mois plus tard, les deux hommes ont en tout cas rendez-vous à Kunshan avec l'équipe danoise pour y disputer la Thomas Cup. Les scandinaves réalisent une performance exceptionnelle en devenant champions du monde au nez et à la barbe des Indonésiens, après avoir éliminé le Japon et la Malaisie, les deux finalistes de l'édition passée. Jorgensen remporte le deuxième simple homme face à Anthony Ginting.

Jorgensen accèdera ensuite à une nouvelle finale à l'Indonesia Open, un tournoi où il brille souvent. Lee Chong Wei le stoppe à nouveau en finale, mais le niveau de jeu est au rendez-vous. Il se rend alors à Rio plein de confiance. Il remporte son premier tour en se sortant sans encombre de deux matchs pièges face à Raul Must et Brice Leverdez. Il s'arrêtera cependant en huitièmes de finale, s'inclinant face à Srikanth Kidambi au terme d'un match serré. La déception est immense pour le Danois, qui chute face à un adversaire en méforme depuis un an. Jorgensen verra du Danemark son jeune compatriote Axelsen le précéder à nouveau : comme 2 ans auparavant, c'est lui qui s'offre le bronze en terre brésilienne.

Ascension tardive, instabilité émotionnelle, concurrence précoce avec l'un des plus grands talents de l'histoire du badminton danois : la carrière de Jan O Jorgensen ne sera jamais présentée comme un long fleuve tranquille. Mais contre vents et marées, l'athlétique viking d'Aalborg peut s'enorgueillir d'avoir su relever toutes les épreuves pour perdurer dans les hautes sphères du badminton mondial.

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  • Terence Mahé
    Le 21/10/2016 à 13h34 (0)
    Un bel hommage pour l'un des joueurs les plus appréciable du circuit selon moi :)
  • ATH-YF
    Le 21/10/2016 à 20h58 (0)
    Très sympa l’article, le titre me semble assez juste.
    Pas facile de naviguer dans toute cette concurrence hors norme.
  • Ivan Cappelli
    Le 21/10/2016 à 21h52 (0)
    Merci pour Benoît ATH-YF :)

    Le titre reflète en effet bien à mon sens à la fois la difficulté de la concurrence, mais aussi et surtout des coups du destin qui ont affligé régulièrement ce guerrier.